16.01.2019 / Article / /

« Suivi médical : il nous faut un pilote dans l’avion ! » C’est ce que défend dans cet article du 24 Heures Cl aude Béglé, notre conseiller national

Nos primes d’assurance maladie ont doublé en vingt ans. Cela fait dix ans que les acteurs de la santé discutent sans aboutir à grand-chose. C’est pourquoi je propose de revaloriser le rôle des médecins de famille afin qu’ils assurent le pilotage du parcours médical du patient. Leur vision globale permet d’augmenter la qualité des soins tout en diminuant les coûts.

Réduire le nombre de médecins étrangers s’installant en Suisse en leur demandant d’exercer trois ans à l’hôpital avant d’ouvrir un cabinet : c’est la solution d’urgence soutenue par le Conseil national en décembre dernier. Cette position est légitime : elle garantit une bonne initiation à notre système ; la Suisse est un des pays les mieux dotés en médecins (OCDE).

Mais il faut aller plus loin et mieux adapter les traitements médicaux à nos besoins. Cela exige qu’une seule et même personne soit aux commandes. Je propose que cela soit le médecin de famille. L’excellente formation qu’ils reçoivent en Suisse les prédispose à coordonner notre parcours médical de la manière la plus judicieuse.

Il ne s’agit pas de revenir au système du Managed Care que nos concitoyens ont largement refusé en 2012. Pas question d’imposer un réseau de médecins : chacun doit avoir le libre choix de son généraliste et de ses spécialistes.

Par contre, un médecin «pilote» veillerait à la cohérence du parcours médical, il serait le médecin de référence en cas d’hospitalisation d’urgence, il serait le passage obligé pour consulter un spécialiste. Ce médecin «pilote» serait librement désigné par le patient qui pourrait aussi opter pour spécialiste si son profil médical le requiert. Ce modèle est évoqué au point 27 du rapport fédéral «Mesures visant à freiner la hausse des coûts dans l’Assurance Obligatoire des Soins».

On sait qu’un pilotage centralisé améliore la qualité des soins et réduit les coûts jusqu’à 15% selon certaines caisses maladie. La bonne connaissance du patient et de son historique médical évite notamment des examens redondants ou superflus, diminue les cas de prise de médicaments incompatibles et d’opérations aux bienfaits pas absolument certains.

Une telle coordination n’est pourtant pas la règle en Suisse. Selon le rapport «Médecins de premier recours – Situation en Suisse et comparaison internationale» : «Les médecins spécialistes transmettent toujours (59%) ou souvent (37%) leurs informations médicales concernant des patients communs aux médecins de premier recours. Les hôpitaux […] indiquent également régulièrement aux médecins de premier recours si un patient les a visités, pour une grande proportion (40%) dans des délais brefs (<48h)».

Le dossier électronique du patient est une autre piste intéressante pour avoir une vision globale du patient. Mais les généralistes n’ont ni le temps, ni le savoir-faire, ni l’incitation financière à l’adopter : le transfert des dossiers papier vers le numérique est un travail de titan. Et la sécurité des données et l’harmonisation informatique ne sont pas assurés.

Claude Béglé, Conseiller national

Article paru dans 24 Heures le 15 janvier 2018