18.09.2019 / Article / /

« Insérer 90% de jeunes grâce à l’esprit d’entreprise », voilà la pratique qu’il faudrait généraliser se lon Isabelle Tasset Vacheyrout, auteure du livre « Place aux jeunes – Pour une Suisse qui voit loin »

Chaque année, près de 1500 jeunes Vaudois arrivent sur le marché du travail sans aucun diplôme (OFS-StatVd). C’est un drame pour ces jeunes car ils resteront très souvent dans la précarité toute leur vie. C’est aussi un casse-tête pour les autorités publiques qui tentent de les sortir de là. Le canton de Vaud a renforcé, depuis 2017, son offre de formation pour sortir ces jeunes de l’aide sociale. Le canton de Genève, qui compte également plus de 15% de jeunes adultes sans formation, vient de rendre l’école obligatoire jusqu’à 18 ans.

Une autre solution possible est le SEMO. Ce type de centre offre au jeune sans formation et sans emploi un «semestre de motivation» pour lui permettre de décrocher un apprentissage. Au cours de ces quelques mois de transition, le jeune pourra combler ses lacunes scolaires en mathématique et en français; développer ses compétences pratiques en atelier professionnel; recevoir un coaching pour promouvoir sa candidature.

Les «entreprises sociales»

Les 76 SEMO répartis dans toute la Suisse se sont occupés de 5563 jeunes en 2017*. Cela a permis à 53% d’entre eux de décrocher une place d’apprentissage ou de se lancer dans une formation professionnalisante. 15% ont trouvé un stage ou directement un job tandis que 32% restaient sans rien, selon une étude de la HES de Lucerne. Les SEMO font partie de ce qu’on appelle les «entreprises sociales» dont la plupart ont une vocation de réinsertion et vivent de subventions. L’assurance chômage verse environ 110 francs par jour et par jeune en SEMO, ce qui représente 95% des financements des SEMO suisses.

Avec un taux d’encadrement de 2,7 adultes par jeune contre 4,5 en moyenne suisse, le SEMO Chablais offre en effet presque du sur-mesure

Avec un taux de placement de près de 90% ces dernières années, le SEMO Chablais est particulièrement efficace. Sa recette? Se distancier d’une approche souvent très socio-éducative et privilégier une démarche entrepreneuriale. «Les jeunes travaillent pour de vrai et cela fait la différence», explique le directeur, Pascal Brunner. Les ateliers offrent des prestations qui font l’objet de contrats avec des délais à respecter, des clients à satisfaire et in fine une rémunération. L’équipe cuisine prépare 600 repas et goûters par jour livrés dans des institutions scolaires ou servis dans des garderies locales tandis que les futurs employés de commerce gèrent les inscriptions et les factures et que la buanderie lave quotidiennement 70 kilos de linge. La boutique de vêtements de seconde main a pignon sur rue, une vitrine animée par le groupe décoration d’intérieur, et bientôt une plateforme informatique d’e-commerce conçue par les informaticiens en herbe. Enfin, la participation à des chantiers d’utilité publique permet une initiation aux métiers manuels, du bâtiment et du bois. Résultat, les jeunes se responsabilisent.

Parallèlement, le SEMO Chablais a pu augmenter ses ressources financières de 50% en sept ans: un autofinancement qui permet d’investir. «L’intégralité de nos bénéfices va à l’insertion des jeunes. Nous misons énormément sur l’encadrement. Ce sont des jeunes qui ont particulièrement besoin d’attention. Aujourd’hui, ils bénéficient de cours de français ou de coaching quasi privés» explique Pascal Brunner. Avec un taux d’encadrement de 2,7 adultes par jeune contre 4,5 en moyenne suisse, le SEMO Chablais offre en effet presque du sur-mesure.

Pas de concurrence à l’économie

Enfin, une partie des fonds récoltés a permis de construire deux nouveaux bâtiments: des locaux modernes, plus grands, bien équipés facilitent aussi la prise en charge et contribuent à la motivation.

Comme les SEMO reçoivent d’importantes subventions fédérales pour chaque jeune, ils n’ont pas de vocation lucrative, et les prestations fournies par ceux-ci dans le cadre d’un atelier de formation ne doivent pas concurrencer l’économie privée. «C’est logique et nous y sommes évidemment très attentifs. Nous cherchons des mandats qui n’intéressent pas les prestataires privés parce qu’ils ne sont pas assez rentables ou des prestations complémentaires à leur activité. Cela nous permet de travailler tout en étant utiles, par exemple avec notre service de location de gobelets réutilisables pour les communes environnantes ou en participant activement à des manifestations sportives et culturelles de la région», résume Pascal Brunner.

Dès lors, pourquoi ne pas répliquer cette formule qui marche, ailleurs?

Isabelle Tasset Vacheyrout

Coprésidente du PDC vaud

Auteure de "Place aux jeunes – Pour une Suisse qui voit loin" éd. Cabédita