21.01.2019 / Article / /

« Climat : les jeunes ont raison, c’est le moment d’agir! » Voici comment booster la Loi sur le CO2 dans un article d’Isabelle Tasset

«À quoi bon étudier si nous n’avons pas d’avenir?». Les 8000 jeunes qui ont manifesté vendredi dernier à Lausanne sont inquiets et ils ont raison. Si le réchauffement climatique atteint 2°C, l’habitabilité de notre planète est en danger. Malgré cette urgence, les pays traînent des pieds y compris la Suisse : les mesures contraignantes font peur car elles coûtent cher. C’est pourquoi il faut explorer une autre piste : que chacun devienne plus éco-responsable. Problème : tout le monde connaît les éco-gestes mais peu les pratiquent. Une récente étude indique comment enfin les intégrer dans notre quotidien.

La hausse de la température moyenne de la terre ne doit pas dépasser 1.5°C par rapport au début de l’ère industrielle selon une étude du GIEC d’octobre 2018. En effet, dès +2°C, les choses se gâtent : le niveau de la mer monte de 36 à 87 cm d’ici à 2100, la banquise arctique fond tous les 10 ans, 16 à 18% des plantes et insectes perdent leur habitat, tandis qu’une météo faite de sècheresses, de canicules et de pluies torrentielles menace la vie et l’agriculture dans de nombreuses régions. Au rythme actuel, cette limite sera atteinte vers 2040.

Le défi est considérable. Il s’agit de réduire les émissions de CO2 de la terre de 45% d’ici à 2030 et de parvenir à la neutralité carbone en 2050 selon les mêmes experts. Aujourd’hui, les engagements des 183 pays ayant ratifié l’Accord de Paris sur le climat permettront de limiter le réchauffement à 2.7°C. Et ce, à condition que tous les pays mettent en œuvre les mesures prévues et installent des processus de mesure fiables.

La Suisse s’est engagée d’ici à 2030 à réduire ses émissions de 50% par rapport à 1990. Sauf que la loi sur le CO2 raisonnablement ambitieuse de la Conseillère fédérale PDC Doris Leuthard a été rejetée par le Conseil national en décembre dernier. L’affaire se discute désormais au sein de la commission de l’énergie du Conseil des Etats. Certains veulent en faire plus, d’autres estiment que cela suffit. Depuis 1990, malgré une croissance importante de l’économie (+ 50% du PIB) et de la population (+20%), les propriétaires de logements et l’industrie (source de la moitié du CO2 émis) ont abaissé leurs émissions respectivement de plus de 30% et 15% (OFEV). Un Helvète génère en moyenne 4 fois moins de CO2 qu’un Etasunien (economiesuisse). Chez nous, avec un tel niveau d’efficacité énergétique, tout effort supplémentaire coûte cher.

Considérons les choses autrement : 50% des émissions proviennent des ménages. Changer nos habitudes représente donc un gros potentiel d’économies qui n’a pourtant jamais été vraiment concrétisé. Car il existe souvent un fossé entre l’intention (sauver la planète) et l’action au quotidien. Pourquoi ? La conscience du changement climatique et le niveau d’information varient d’une personne à l’autre. Investir dans des équipements vertueux est souvent plus coûteux. Et puis de nombreux facteurs psychologiques influencent nos décisions. Suis-je altruiste et prêt à faire un geste pour la collectivité ? Que pensent mes amis des économies d’énergies ? Ai-je envie de renoncer à ma douche confortable de 10 minutes ? Pourquoi faire tous ces efforts alors que je serai mort en 2050 ? Résultant de multiples facteurs, nos décisions ne sont pas rationnelles selon le Centre de recherche énergie, société et transition.

En 2018, les travaux du CREST ont débouché sur cinq recommandations pour améliorer nos habitudes (White Paper n°4). 1) Abandonner toute approche globale : pour être entendu, il faut une communication et des mesures adaptées à chaque profil de consommateur. 2) L’information doit être concrète : une app qui donne la consommation d’électricité permet de faire le lien entre l’effort fourni et le résultat. 3) Multiplier les nudges. Ces outils suscitent des décisions positives sans trop effort : possibilité d’opter pour de l’électricité verte, simplification du choix grâce à un label, référence à une norme sociale (ex : 75% des clients hôteliers utilisent leurs draps de bain plusieurs fois). 4) Travailler avec des médiateurs de confiance, comme les associations sportives, pour privilégier par exemple le vélo à la voiture. 5) Enfin, promouvoir la densification du logement qui réduit considérablement les déplacements et les besoins de chauffage.

Ces propositions pourraient nous aider à devenir des consommateurs plus vertueux sans impacter notre confort. Elles pourraient accompagner et renforcer la nouvelle loi sur le CO2 et alléger la pression à davantage de mesures contraignantes sur les citoyens et l’économie. Tout en inspirant d’autres pays.

Isabelle Tasset Vacheyrout

Co-Présidente du PDC Vaud

Publié dans le journal Le Temps le 22 janvier 2019