05.12.2018 / Article / /

« Aidons les pays émergents à basculer vers la démocratie » article de Claude Béglé suite à son voyage d’ét ude au Kazakhstan

Abandonner l’autoritarisme pour la démocratie, voilà l’intention du Kazakhstan. Réformer sans chaos ni bain de sang, stopper les atteintes aux droits de l’homme : la Suisse a ce savoir-faire.

Le Kazakhstan monte en puissance. Cette immense steppe (66 fois la Suisse) est à un carrefour-clé entre Chine, Russie et mer Caspienne. Sa population est très jeune. Et son économie est une des plus prospères d’Asie centrale grâce à son sous-sol bourré d’hydrocarbures (autant qu’en Irak), et recelant les principales réserves mondiales de fer, charbon, manganèse, chrome, uranium.

Culturellement, le Kazakhstan mélange une longue tradition d’éleveurs nomades dévoués au Kahn et 70 ans d’aventure communiste. Aujourd’hui, le culte du chef et la mentalité soviétique imprègnent encore le pays.

La société kazakhe est inégalitaire : après l’indépendance, en 1991, une élite s’est enrichie en rachetant les conglomérats communistes, tandis que 20% de la population vit avec 1 dollar par jour. La corruption ronge le pays de haut en bas.

Si le président Nursultan Nazarbayev a doté son pays d’une constitution et d’un Parlement, il concentre l’essentiel du pouvoir depuis 27 ans. Le «leader de la nation» jouit toutefois d’une vraie popularité : il a su s’imposer sur la scène internationale, se protéger des appétits russes et chinois et maintenir la stabilité. Mais il a 78 ans.

Le principal opposant est Mukhtar Abliazov, un entrepreneur à succès qui a été ministre de l’économie. Tombé en disgrâce, il fonde le parti d’opposition DVK qu’il gère depuis 15 ans. Assimilé à un criminel par certains, admiré par d’autres, il prône des réformes à l’occidentale depuis son exil français.

La répression de toute contestation aboutit à des atteintes aux droits de l’homme allant jusqu’à la torture. Dans le cadre d’une mission de la Fédération italienne des droits de l’Homme, j’ai recueilli des témoignages de victimes, de parents, d’autorités. Selon Amnesty International, 700 cas ont été dénoncés en 2016. Parallèlement, 158 gardiens de prison ont été condamnés pour exactions entre 2011 et 2016. Le nombre de détenus baisse aussi nettement. Mais tout usage de violence reste inacceptable.

Le désir de réforme est là. En 2017, 68 nouvelles lois ont permis un transfert de prérogatives du Président au Parlement. L’e-administration apporte de la transparence. Des milliers d’écoles et d’hôpitaux sont en construction. 12 000 bourses permettent d’étudier à l’étranger, jusqu’aux Etats-Unis. Des moyens importants sont consacrés aux universités locales pour renforcer le niveau. Un des objectifs du gouvernement est en effet d’entrer à l’OCDE.

L’essor d’une économie de marché et d’une jeunesse bien formée devra s’accompagner de réformes et de libertés nouvelles. C’est pourquoi il faut inclure les adversaires d’hier. La Division Sécurité humaine du DFAE et le SECO pourraient offrir leur expertise au Kazakhstan. Chaque transition démocratique réussie est en effet une victoire pour nous tous.

Claude Béglé, Conseiller national

Publié dans 24 Heures, le 3 Novembre 2018