02.02.2018 / Article / /

«No Billag est définitivement une initiative anti-suisse » : selon le Président de la SSR Jean-Michel CIna l ors de notre Assemblée générale

“No Billag” n’est pas une initiative qui nourrit les intérêts de la Suisse, ni même de sa démocratie participative. Le texte soumis au peuple le 4 mars 2018 souhaite l’abolition de la redevance, ce qui causerait la mort du service public en Suisse.

L’initiative a tout de l’ovni politique; un texte aussi radical peut-il réellement trouver bonne réception dans le paysage politique suisse, bercé par le consensus et l’incrémentalisme ?

D’une manière générale, l’initiative va à l’encontre des valeurs de la Suisse. C’est un ensemble de principes bien connu des Suisses qui est directement menacé par « No Billag », à l’image du financement solidaire qui veut, à titre d’exemple, que des germanophones contribuent via la redevance à soutenir des programmes de qualité égale aussi dans les autres régions linguistiques. C’est aussi le fait d’avoir un média indépendant qui ne soit pas soumis à une pression économique, que l’on ne peut soudoyer d’aucune façon.

Plusieurs points critiques sont relevés dans l’architecture de l’initiative, à commencer par le risque d’un transfert de capital publicitaire vers de grands groupes médiatiques étrangers.

Aujourd’hui déjà, une grande partie des moyens publicitaires migrent auprès de télévisions qui nous viennent de l’étranger. La télévision publique en suisse ne compose qu’un tiers de la part du marché de la publicité, ce qui veut dire que les deux-tiers ne nous profitent pas à ce jour. Ainsi, concrètement, avoir une télévision suisse faite par des Suisses et qui mette en avant une certaine forme de Swissness dans ses productions culturelles, musicales ou encore cinématographiques, est un capital considérable. Nous ne pouvons nous contenter que d’une télévision commerciale qui ne ferait qu’appauvrir l’offre médiatique et audiovisuelle à la population. Cela ne peut pas être dans l’intérêt de la Suisse et des Suisses.

Jacques Neirynck rappelait que la SSR représentait financièrement la plus grande voix dans le pays en faveur des consommateurs. Le service public préserve une liberté d’expression digne d’un « 4e pouvoir » ?

Cette indépendance nous protège; nous ne sommes pas (et ne voulons pas) être rachetés par un mécène ou une grande entreprise étrangère qui imposerait son point de vue sur toute chose. Nous maintenons le respect d’une liberté rédactionnelle qui est véritablement décisive. Aujourd’hui, dans la Constitution, nous avons ces dispositions qui chargent les entreprises de service public de mettre en avant toutes les opinions afin de créer les bases pour que le citoyen suisse puisse se forger sa propre opinion, de manière libre. Le citoyen suisse, en cas de “oui”, ne s’y retrouverait plus et n’aurait plus tous les moyens à sa disposition pour se construire une propre opinion d’un sujet politique et en comprendre tous les enjeux. Il en ressortirait une arène médiatique ou plusieurs médias se combattent un point de vue sur la place publique, ce qui serait complètement nuisible pour la démocratie directe.

L’initiative prévoit, dans les faits, une mise en œuvre du texte voté dès le 1er janvier 2019. À moins de gouverner par ordonnances, est-il véritablement possible de mettre la disposition en application aussi vite ?

Nous craignons que des effets immédiats soient directement constatables dès mars 2018. Nous devrions nous battre pour que la structure entière ne tombe pas en faillite dès le 4 mars. Cela engendrerait une situation chaotique pour la place médiatique car au-delà de la SSR, c’est la survie de 34 radios et télévisions locales qui se joue en une votation. Ce texte est indéniablement radical et d’une rigidité qu’il est, dans les faits, anti-suisse. Puis, nous devrons de toute évidence, dès 2019, faire une économie entre 50 et 100 millions, par le fait aussi que le Conseil fédéral a plafonné le financement de la redevance à 1,2 milliard.

Propos recueillis par Yves Di Cristino pour le Mutimédia.info

Le 23 janvier 2018