On ne compte plus les journaux et hebdomadaires suisses (et étrangers) qui publient des horoscopes : on se gardera donc d'en publier une liste ou de stigmatiser l'un plutôt que l'autre. Selon la date de naissance du lecteur par rapport aux signes du Zodiaque, des conseils ou des prédictions sont prodiguées concernant la santé, les affaires ou les relations affectives. Cette analyse astrologique du destin journalier (ou hebdomadaire) de chacun résulte de savants calculs effectués sur la position des planètes du système solaire. On peut aussi soupçonner que dans certains cas il n'y a pas de calcul du tout et uniquement l'inspiration du rédacteur. Peut-être même que certains horoscopes sont rédigés automatiquement par un programme d'ordinateur à partir d'un stock de phrases passe-partout.
Il s'agit d'une très vieille superstition qui remonte à l'Antiquité. Nos lointains ancêtres n'avaient aucune idée de la nature des planètes, qui étaient souvent considérées comme des divinités : ainsi pour les Egyptiens, le soleil était un char conduit par Ra, le roi des dieux. Plus personne ne croit à la mythologie de la Méditerranée ancienne, mais beaucoup de monde croit, peu ou prou, à l'horoscope moderne. Sinon les médias n'en publieraient pas. Ou plus exactement beaucoup de médias populaires perdraient des lecteurs s'ils n'en publiaient pas.
Au regard de la science moderne, l'astrologie est une incongruité totale. Les planètes exercent certes une attraction due à la gravitation universelle sur la surface de la Terre, mais elle est très faible par rapport à celle du Soleil, qui nous fait décrire une ellipse autour de lui, ou de la Lune, qui gouverne les marées. Si un tsunami de produit, une éruption volcanique, ou un tremblement de terre, cela ne dépend pas de la position des planètes mais du comportement des plaques de la croute terrestre. Idem pour une tornade qui dépend de l''humidité et de la chaleur de l'atmosphère. Les spécialistes peuvent éventuellement faire des prévisions à court terme en se fiant à la lecture d'instruments ou de photos satellites. Mais il ne viendrait pas à l'idée d'un météorologue de s'occuper de la position de Mercure ou de Jupiter. Pour la prédiction des catastrophes, l'astrologie est un non sens, un déni de ce que nous connaissons aujourd'hui de notre environnement.
Mais cela devient carrément risible lorsque les journaux prétendent prédire ce qui arrivera à toutes les personnes nées sous le signe du Lion durant une journée. La position des planètes dans le ciel joue un rôle nul, si on le met en regard de toutes les circonstances terrestres qui affectent chacun de nous. Que nous soyons nés sous le signe du Taureau ou de la Vierge n'est pas un facteur décisif de notre réussite en affaires ou en amour : cela dépend de notre travail ou de notre ouverture aux autres. Notre santé dépend de notre hérédité et de notre comportement : pour attraper une cirrhose du foie ou un cancer du poumon, la méthode efficace est de boire ou de fumer. La position de Mercure dans le ciel n'a aucune importance.
Tout ceci serait seulement ridicule si ce n'était pervers, à deux point de vue. Tout d'abord, chacun doit être bien persuadé que son destin dépend de son action à lui, de son ardeur au travail, de son hygiène de vie, de l'amour porté au prochain. Point à la ligne. Quelle que soit sa date de naissance ou la situation d'une planète, cela ne change rien. Laisser entendre que notre destin est inscrit dans le ciel incite au fatalisme, au laisser-aller, à la résignation. Ce n'est pas avec l'horoscope que l'on entraîne des battants. Ensuite les médias feraient mieux de parler de la vraie science, celle qui est fondée sur des expériences rigoureuses et une réflexion sérieuse. Prendre au sérieux l'astrologie revient à propager une fausse science, digne des siècles révolus. Il est difficile de demander au peuple de se prononcer sur des objets scientifiques, comme le moratoire sur les organismes génétiquement modifiés, si on le maintient dans la superstition et l'ignorance.
Jacques Neirynck