15.01.2018 / Article / /

« Drague ou harcèlement : aux femmes de riposter », opinion de notre présidente Isabelle Tasset parue dans 24 He ures

Où finit la drague et où commence le harcèlement? Vaste question qui n’a pas trouvé de réponse unique. Puisque la limite varie selon les femmes. Comme vient de l’indiquer la circulaire fraîchement publiée du Conseil national selon qui, en résumé, le harcèlement est un comportement apparenté au flirt mais vécu comme agaçant, blessant ou dégradant, car non souhaité par la personne visée.

D’un côté, il y a donc des hommes qui osent des gestes qui violent une intimité à laquelle ils n’ont pas été invités. De l’autre, il y a des femmes offensées par ces gestes qu’elles n’ont pas souhaités et qui de ce fait se sentent bafouées dans leur dignité. La limite, qui peut sembler ténue à certains, mais qui n’en est pas moins bien réelle, est là: si la femme est d’accord, c’est du flirt. Sinon, c’est du harcèlement. À l’homme d’être observateur. À la femme de signaler son intérêt. Ou pas.

L’Europe occidentale, contrairement à certains pays puritains ou fondamentalistes, a développé une culture de la galanterie. L’homme accepte de mettre sa force en retrait pour permettre un commerce agréable entre hommes et femmes. Et tant que chacun reste dans le cadre du respect mutuel, une certaine liberté est possible. On se fait la bise, on danse avec des inconnus, on porte des robes ou des costumes cintrés sur des corps plus ou moins élancés. On opte pour un joli décolleté, on se sent belle. Et réciproquement pour les hommes à la barbe soigneusement taillée ou aux abdos parfaitement gainés. Il y a la place pour un jeu de séduction léger.

Mais il y a parfois des dérapages. Or, les femmes ont plusieurs moyens de riposte. Elles peuvent bien sûr porter plainte. Pour les cas graves, c’est indispensable. Elles peuvent aussi puiser dans les 50 années d’émancipation féminine et montrer qu’elles sont capables de rembarrer le malotru. Une réaction claire, immédiate, même s’il faut faire appel à une certaine véhémence, rééquilibre, voire annule l’outrage. Ne subsistera alors que de la stupéfaction. Enfin, les femmes étant encore aux avant-postes en matière d’éducation, elles ont le pouvoir considérable de changer les choses, d’élever leurs fils au respect des femmes, d’amener leurs filles à l’autodéfense tant physique que verbale. Régler les dérapages par le recours systématique à la délation ou à la justice risquerait de faire disparaître la connivence entre hommes et femmes si spécifique de notre société.

Ce n’est pas non plus à l’école de prendre en charge cette éducation au respect des femmes, comme le suggère un postulat déposé au Grand Conseil vaudois. Par contre, celle-ci doit montrer l’exemple, comme toutes les institutions publiques, comme chacun d’entre nous. Le respect de la femme est une valeur fondatrice de notre société.

Isabelle Tasset

Présidente du PDC-Vaud

Paru dans 24 Heures du 15.01.2018