05.10.2018 / Article / /

« Corruption : l’irrésistible montée de la vigilance » Article d’Isabelle Tasset Vacheyrout publié par 24 Heu res

L’affaire Pierre Maudet et surtout l’ampleur qu’elle a prise témoignent d’un changement d’époque. Et pose la question de la mise à jour du monde politique.

Accepter un voyage d’agrément à Abu Dhabi estimé à 50.000 francs lorsqu’on est à la tête de l’Etat de Genève? « Il faut être fou ou très arrogant ! » s’exclame l’ex vice-présidente d’une multinationale suisse. Ou avoir loupé les récentes évolutions en la matière.

Au sein des grandes entreprises internationales, cela fait un moment que la question est prise au sérieux. Chez Microsoft, les cadres suivent des formations en ligne de bonne conduite professionnelle au moins une fois par an. Des petits films conçus sur mesure et tournés au siège de la société à Redmont mettent en situation les comportements à éviter. Chaque salarié concerné doit cliquer à plusieurs reprises pour valider qu’il a bien tout regardé et tout compris.

Mieux, les forces de vente ont interdiction absolue d’inviter toute personne travaillant pour un gouvernement, une entreprise publique, une organisation internationale. Les Nations Unies sont un bon client ? Impossible d’offrir même un lunch dans une brasserie. Chacun paie pour sa pomme.

Intéressant également : les protocoles d’alerte. Un employé soupçonne son chef de privilégier une entreprise partenaire pour des raisons obscures? Il peut partager ses doutes avec une équipe interne qui enquêtera discrètement sur la personne visée. Mieux vaut prévenir. Avant que le scandale n’éclate. Avant qu’il faille jouer les pompiers dans les médias.

Des entreprises suisses avec une grosse clientèle internationale s’y sont mises aussi, comme Bobst qui s’est alloué les services d’un legal compliance officer. Comme Ruag, qui renforce la gestion de ces risques depuis deux ans. La prise de conscience, au niveau des 100 plus grandes entreprises suisses a eu lieu il y a une dizaine d’années. En 2006, 40% avait un code de conduite digne de ce nom. En 2008, c’est plus des trois quarts qui en avaient un ou qui y travaillaient, selon une étude de la Fondation Ethos.

Quelques avancées sont annoncées au Parlement fédéral. A partir de la nouvelle législature (novembre 2019), il y aura un "registre public des voyages officiels à l’étranger » effectués par les élus. Et le registre public des liens d’intérêts devra indiquer le nom des employeurs des députés salariés. Par contre la proposition d’obliger ceux-ci à divulguer les rémunérations de plus de 12 000 francs par an pour des mandats au sein de conseils d’administration a été rejetée. Et les voyages effectués à l’invitation de groupes d’intérêts ne seront pas soumis à publication.

En attendant mieux, les politiques pourraient s’inspirer des codes de bonne conduite de toutes ces entreprises. Des petits et des moyens cadeaux, des coutumes antagonistes peuvent brouiller le jugement. Pouvoir invoquer des règles officielles permet d’avoir les bonnes réponses sous la main sans froisser personne.

Isabelle Tasset Vacheyrout

Co-présidente du PDC Vaud

1er octobre 2018 – 24 Heures