10.07.2018 / Article / /

« Comment la Poste n’a pas évolué » article de Jacques Neyrinck qui souligne les dysfonctionnements de la Poste dénoncés par Claude Béglé dans son récent livre.

Dans la seconde moitié du siècle passé, deux inventions majeures ont bouleversé le traitement et la transmission de l’information.

D’une part le microprocesseur, qui concentre aujourd’hui plus de deux millions d’éléments sur une puce. Cette miniaturisation a permis : d’augmenter la vitesse grâce à la réduction des distances entre les composants ; de réduire les coûts ; d’augmenter la fiabilité ; de réduire la consommation. D’autre part en 1970, Corning Glass Works produisit la première fibre optique avec des pertes suffisamment faibles pour être utilisée dans les réseaux de télécommunications (20 décibels par kilomètre). Une fibre optique est en mesure de transporter 65 000 fois plus d’information qu’un câble de cuivre.

D’un seul coup les limitations sur les technologies de l’information ont disparu. Dès lors pour transmettre l’information, par la poste, la radio, la télévision, les journaux, depuis les années 90, il faut déplacer des bits et pas des atomes. C’est l’équivalent de la révolution Gutenberg. Cela signifie que la Poste doit changer de métier. Déplacer physiquement des lettres papier d’un domicile à un autre est dépassé quand un courriel effectue la même opération instantanément, sans coût. En 2008, le Conseil fédéral prit finalement la mesure de cette révolution et nomma à la tête du conseil d’administration de La Poste, un outsider, Claude Béglé au bénéfice d’expériences dans le domaine avec les postes française et allemande.

Claude Béglé raconte son bref passage à la présidence du conseil d’administration de la Poste dans une livre intitulé : «Un colis piégé. Choc de cultures à Poste». Placé à cette fonction par Moritz Leuenberger pour assurer la transition de l’office dans la bourrasque de la numérisation et de la mondialisation, il s’est tout de suite heurté à la hargne, la grogne et la rogne du milieu des hauts fonctionnaires bernois, qui estimaient ce poste à eux réservé de droit divin.

Sur près de deux cents pages, il rapporte les innombrables complots auxquels il a fini par succomber, les cabales internes des cadres de la Poste, les campagnes de la presse alémanique face à laquelle la presse romande ne pèse guère. Sans le désavouer sur le fond mais par crainte d’être impliqué personnellement, Moritz Leuenberger le lâche en fin de compte et Béglé donne sa démission en 2010. Non seulement ses idées ne sont pas acceptables, mais il a le tort d’en avoir dans un milieu où l’on ne doit en posséder aucune.

Son récit, au-delà du cas personnel, met en évidence que le pouvoir de fait appartient bien souvent à de hauts fonctionnaires bernois, solidement organisés en réseau, face à un Conseil fédéral faible, sans chef, sans programme, sans homogénéité, sans majorité. Au lieu de démocratie directe, on peut parler d’une bureaucratie absolue. Ce n’est pas comme cela que la nécessaire mutation de La Poste se produira.

Jacques Neirynck, ancien Conseiller national PDC

Article paru dans l’Agefi le 9 juillet 2018