07.11.2017 / Article / /

« La croissance vaudoise doit mieux inclure les Vaudois » article de notre présidente Isabelle Tasset Vacheyrout

Vaud est premier de la classe en suisse romande. Le canton vient de traverser 10 années de croissance exceptionnelle loin devant la moyenne suisse. Mais cette dynamique ne profite pas à tous. A l’heure où la croissance ralentit, cela devient plus perceptible.

Afficher +2.6% de croissance annuelle contre 1,9% pour la Confédération sur la période 2006-15 : c’est magnifique ! La recette est connue. Vaud a largement utilisé l’outil fiscal. Pour attirer de riches étrangers par un octroi assez large du forfait fiscal. Pour convaincre des entreprises internationales d’installer leur centre décisionnel sur la Côte par des exonérations fiscales en échange de quoi les salariés doivent résider ici (pas de frontaliers donc) afin que eux, au moins, paient leurs impôts chez nous.

Mais le modèle semble s’essouffler. La croissance vaudoise se confond avec celle la Suisse : 1,4% en 2016. Il n’y a plus eu d’implantation d’entreprise étrangère depuis 2012. Et il n’y a plus de nouveaux contribuables au forfait fiscal tandis que certains partent. La fuite en avant fiscale ne fonctionne plus.

Il y a même des oubliés de la croissance comme le montre le rapport social vaudois publié en septembre dernier (sources des chiffres de cet article). 4,8% de Vaudois sont en situation de pauvreté et 14,1% sont considérés comme vulnérables. Un constat à mettre en lien avec une spécificité vaudoise que pointe ce rapport : la part des personnes peu formées y est plus importante qu’ailleurs.

Autre curiosité vaudoise : la part des personnes très diplômées y est aussi plus élevée que dans d’autres cantons. Bien sûr, l’EPFL y est sans doute pour quelque chose. Mais le modèle de croissance choisi aussi car pour faire tourner ces entreprises étrangères à haute valeur ajoutée, il faut des cadres spécialisés dont la Suisse manque. Résultat, chez Cisco et Ineos, deux sociétés basées à Rolle, sur la cinquantaine de cadres, seuls 5 ou 6 sont suisses. Le restant du personnel, à la réception ou à la conciergerie, l’est toutefois aussi.

Aujourd’hui, on peut donc se demander si le canton a suffisamment investi dans la formation qui reste quand même le meilleur moyen d’éviter la pauvreté. Et s’il n’aurait pas mieux fait de soutenir les familles de la classe moyenne, notamment par… des allègements fiscaux. Car ce rapport établit aussi que les familles s’appauvrissent avec le nombre d’enfants et qu’avec trois, le risque de précarité augmente nettement.

Il est temps de recentrer un peu le modèle de croissance vaudois sur les Vaudois et de soutenir les familles qui incarnent la survie de notre société.

Isabelle Tasset Vacheyrout

Présidente du PDC Vaud

Paru dans 24 Heures du 30/10/17